Travail de ferme : notre expérience et les bons plans à Dimbulah

Soyons clairs tout de suite, on n’aime pas bosser. Mais comme mon paternel n’arrête pas de me répéter que lui et ma sœur travaillent d’arrache-pied pour payer notre voyage (ce qui, je le précise, n’a pas la moindre once de vérité), je me suis dit que se mettre au turbin ne serait pas une mauvaise idée. Après tout on est en Visa Vacances Travail et ce serait juste équilibre d’honorer le mot « Travail », disons à 10% contre 90% de « Vacances ». Comme ça, on n’arrêterait de vouloir à tout prix nous mettre au boulot.

Travailler, certes, mais où et dans quoi ?

L’Australie est la destination favorite des backpackers et il n’est pas très dur de trouver un travail pour quelques mois. Dans la petite ville de Dimbulah, les fermes ne manquent pas et il suffit de faire du porte à porte demander s’il y a besoin de main d’œuvre. Plantations de bananes, papayes, mangues, patates, myrtilles, tea tree (extraction d’huile essentielle), maïs, avocats, litchis… il y a le choix, mais encore faut-il bien choisir.

Les bananes c’est dur, très physique pour les garçons qui les cueillent et les portent, l’ambiance n’y est pas forcément bonne et ce n’est pas mieux payé pour autant. Les mangues rapportent beaucoup d’argent en saison si on est prêt à enchainer les heures. Les citrons ont du piquant et sont à éviter si on a peur des araignées (qui raffolent des citronniers pour tisser leurs immenses toiles collantes). Les litchis seraient le plus « easy » et quant aux avocats, ils sont plutôt sympas. [Nos bons plans de travail à Dimbulah figurent en fin d’article.]

Nous, on va vous parler des patates, des citrouilles, du maïs et des mangues, puisqu’on a passé plus de 4 mois à les cueillir, ramasser, emballer, laver, porter, jeter, faire tomber, déterrer, couper, sécher et… manger (faut aussi qu’il y ait un peu de plaisir hein) !

Les joies, souffrances et réalités du travail de ferme : notre expérience

A « Your Organic Oasis », on cultive des patates douces, des citrouilles, du maïs et des mangues bio 🙂 Pas de pesticides ou de produits chimiques sur nos fruits et légumes, juste du « chicken poo » (fumier de poulet). Premier avantage de travailler dans cette ferme, c’est qu’elle est « pluri-veggie » et qu’on ne ramasse pas de la patate jusqu’à ce que mort et ennui s’ensuivent. Chaque jour est un jour différent.

Deuxième bon point, le patron est sympa. Et croyez-nous, ça joue beaucoup. Certains patrons considèrent les backpackers comme de la main d’œuvre que l’on peut presser jusqu’au trognon et d’autres n’embauchent que des asiatiques sous prétexte qu’ils travaillent bien sans jamais se plaindre (connaissant Van c’est pas tout à fait faux).

Troisièmement, cette ferme est relativement petite et n’emploie qu’une poignée de travailleurs, ce qui rend l’ambiance plus chaleureuse et moins anonyme. Tout se fait à la main et de manière parfois assez artisanale.

travail ferme australie Dimbulah organicEt ce qui est génial, c’est qu’on peut être logé sur place, dans une petite cabane rien qu’à nous pour 150$ la semaine 🙂 Avoir un chez-soi en dur et à 5 mètres du champ de patates, ça change la vie et ça rend tout de suite le travail un peu moins corvéable.

Notre chez-nous à la ferme :)
Notre chez-nous à la ferme 🙂

Et maintenant, au boulot !

Le cauchemar du maïs

En bon citadin, quand on pense à « champ de maïs », on voit tout de suite ces images de films montrant une jeune fille toute nue courir dans un champ vert de maïs jaune et frais, ondulant doucement sous le vent estival et le soleil, images de bonheur et de liberté aaaaah…

Sauf que c’est n’importe quoi. Voici la sombre réalité qui se cache derrière le champ de maïs.

Déjà, le maïs doit se récolter à l’aube, quand il est encore humide de la rosée (ou des pluies diluviennes selon la saison) car s’il est trop sec, les longues feuilles deviennent irritantes et la chaleur est insupportable. Les rares fois où on a du récolter le maïs en pleine après-midi, Van a dû passer un quart d’heure dans la chambre froide pour rabaisser sa température corporelle à un niveau viable et retrouver toutes ses capacités mentales.

Le maïs est de toute façon irritant pour beaucoup de personnes, les italiens qui travaillaient avec nous étant curieusement les plus sensibles (ils étaient aussi allergiques au savon, au gazon, à la sève de mangue, aux piqûres d’abeilles et à sûrement beaucoup d’autres choses mais on a arrêté de demander).

Dès 7h du matin, donc, nous étions dans le champ de maïs, silencieux, résignés et équipés des pieds à la tête. Oui parce qu’on ne rentre pas là-dedans en tongues et mini-short, sauf si on veut en finir avec la vie. Car en plus d’être irritant, le maïs nous dépasse de plusieurs têtes et grouille de scarabées, moustiques, araignées (dont la Red Back), chenilles urticantes, fourmis et autres insectes sympathiques. Pour finir il est aussi boueux qu’un marécage et envahi par les mauvaises herbes qui font ma taille et qui nous empêchent d’avancer.

C’est donc armés de 2 pantalons, de bottes, de sous-pulls, de gants et d’un KW épais, fluo (pour pas que le tracteur nous écrase) et à capuche engoncée sur le crâne qu’on s’avance plein de haine dans cette jungle impénétrable, prêt à jouer les bulldozers et à se frayer un chemin coûte que coûte.

Un rang chacun, on avance façon crabe, tête rentrée, poussant de l’épaule, un bras qui casse l’épi, l’autre bras qui le porte et ainsi de suite jusqu’à avoir du maïs jusqu’au menton (ce qui représente 20 épis pour moi, 30 pour Van et 45 pour Andrew) et faire marche arrière pour le jeter (ou s’en débarrasser, au choix) dans la benne du tracteur qui nous suit à reculons, écrasant les plus lents d’entre nous que l’on recroisera, tout aplatis, sur le chemin du retour.

Les rangs semblent interminables et je comprends soudain ce que signifie « l’enfer vert » et la souffrance des premiers explorateurs en Amazonie. Enfin, on arrive au bout et on est tous soulagés de revoir le ciel, bref réconfort avant de repartir dans l’autre sens pour un nouveau rang (sigh).

Le maïs a eu raison de lui...
Le maïs a eu raison de lui…

Quand on sort de là-dedans, on est trempé, frigorifié, dégoulinant de sueur et de bestioles, et rouge plein de boutons si on est italien. On pourrait croire que c’est fini (ah ah) mais non ! Car maintenant, tout ce maïs ramassé, il faut le préparer et l’emballer pour l’expédier au sud, près de Brisbane, dans une épicerie bio.

Pendant 3 longues heures, on coupe les épis, les trie selon la taille, les cale dans des boîtes que l’on portera et empilera sur 10 étages, ce qui équivaut pour moi à un véritable building sans ascenseur. A la fin de ce travail répétitif, on se sent complètement abruti. Heureusement, le maïs ce n’est pas toute l’année.

Ah oui, je précise aussi que ce satané maïs m’a coûté un doigt, qui a été lacéré, écrasé par le tracteur (un métier à risque le maïs, on vous l’a dit), alors que la journée venait de commencer il y a 3 minutes.

J’espère que, comme nous, vous ne regarderez plus l’épi de maïs dans votre assiette de la même façon. Entre parenthèses, le maïs est très bon au four mais encore meilleur cru !

De la patate en veux-tu en voilà

Quand on ne fait pas du maïs (alléluia) on fait de la patate douce. [Pour info, ce tubercule n’a rien à voir avec la pomme de terre, ils n’appartiennent même pas à la même famille !] Les champs de patates douces sont, comme les champs de maïs, interminables, sauf qu’ils sont beaucoup plus larges et qu’ils se récoltent toute l’année (on est foutus les gars).

Des photos (© Alice Werlen et Marie Gretel, merci les filles !) seront plus parlantes pour vous expliquer comment se récoltent les patates douces.

Van conduit un énorme tracteur (la roue seule fait ma taille) qui tire une machine brinquebalante du siècle dernier sur laquelle nous, les filles, nous tenons debout tant bien que mal. La machine déterre les patates et nous les crache sur un tapis roulant. On farfouille dans la terre, prenons les bonnes (Andrew n’aime pas, selon les termes professionnels du métier, les trop petites, trop fines et tordues) et remplissons des caisses et des caisses de patates, que l’on vide sur un autre tracteur, un vieux tacot sans freins que je conduis gaiement dans le champ (et la rivière quand je n’arrive pas à freiner).

Tout ça parait un paisible travail de ferme, si ce n’est que la machine déraille de temps en temps, chauffe au risque d’exploser, perd son huile en route, bourre et que ça nous demande 10min d’efforts pour enlever le tas de foin coincé.

Après une journée entière à déterrer de la patate douce, on voit défiler devant nos yeux le soir avant de s’endormir des dizaines de patates. Y a de quoi devenir fada. Au moins, on a de la patate douce à gogo, et cuisinée à la vapeur c’est délicieux. 😉

Les patates douces sont elles aussi triées selon la taille et envoyées vers le sud. Celles qui sont un peu abîmées ou qui ont la taille d’un ballon de football vont à l’usine pour faire des chips, et celles qui sont trop petites ou véreuses sont mises de côté pour être données aux troupeaux de vaches de la région. Rien ne se perd !

La patate douce se plante en saison sèche et pour cela, il faut aller couper les jeunes pousses dans le champ de patates et les planter en lignes. Si c’est nous qui coupons à la main pousse par pousse pendant des heures jusqu’à en remplir des boîtes pleines, une machine nous aide à les planter. Tous les 4 assis à l’arrière, chacun son petit siège et sa boîte de pousses de patates, on dépose sur le tapis roulant pousse après pousse pour qu’elles soient plantées bien profond en terre. Attention ça va vite ! La 1° fois, m’emmêlant dans toutes mes pousses, j’en plaçais parfois 2, parfois une poignée, parfois pas du tout… mais on prend vite le coup de main !

Une citrouille c’est lourd, surtout quand on la reçoit en pleine… citrouille !

La technique de ramassage des citrouilles a changé depuis qu’un travailleur s’en est reçu une sur la tête. Car avant, on se mettait en ligne et on s’envoyait la citrouille de bras en bras jusqu’à ce que la personne en bout de chaîne l’envoie à celle sur le tracteur. Mais il suffit qu’on soit mal réveillé, qu’on s’enthousiasme un peu trop longtemps sur une espèce de papillon inconnue ou que la citrouille pèse plus que le chat obèse de mon papa, et hop on se la prend sur le pif. Du coup, on a adopté une autre technique, moins dangereuse, moins rigolote et plus physique, surtout quand on a mes petits bras.

On parcourt le champ jusqu’à tomber sur une citrouille, puis une autre et encore une autre jusqu’à en avoir plein les bras et à rejoindre le tracteur tant bien que mal pour décharger sa cargaison. Sachant qu’une seule citrouille m’occupe les 2 bras et que je n’ai pas le crâne assez résistant pour en porter une sur la tête, je déchargeais citrouille par citrouille sans me poser plus de questions. Forcément, à ce rythme-là on n’est pas rendu, mais c’est bien connu « le ramassage des citrouilles ne s’est pas fait en une nuit ». Heureusement que les garçons sont là pour en porter 4 ou 5 à la fois avec autant de facilité que si c’était des champignons.

J’en retiens que la citrouille vapeur c’est toujours aussi bon, surtout en purée avec de la patate douce ou en chausson. 😉

La saison des mangues, ma préférée !

Novembre sonne le début de la saison des mangues, qui ne dure que quelques mois. Autant dire qu’on n’a pas chômé sous les manguiers. En Australie, les plantations de mangues ont un aspect étrange : les arbres ont la tête plate. Comme si on les avait scalpés. Et en effet, les fermiers font venir un hélicoptère qui taille la même coupe à tous les arbres, tout ça pour que les branches poussent sur les côtés et non pas vers le haut, ce qui facilite la cueillette des mangues.

Manguiers et jeune champ de maïs
Manguiers et jeune champ de maïs

Dans notre ferme par contre, les manguiers ressemblent vraiment à des arbres et ont une coupe plus naturelle. Les oiseaux sont contents car ils ont pour eux tous seuls les fruits au sommet. Pour nous par contre, ça rend le travail un peu plus compliqué. Car si la cueillette des mangues s’effectue à la main, il faut des outils pour les atteindre. Ces pinces télescopiques peuvent atteindre 4m et coupent le pétiole des mangues tout en les retenant, pour éviter qu’elles ne s’écrasent à nos pieds. Malgré ça, on entend régulièrement des boum suivis de jurons. Un des réflexes de base à apprendre rapidement c’est de ne pas regarder bêtement la mangue qui tombe, sinon on se la prend sur le nez.

Variétés "Kensigton Pride" et "Strawberry"
Variétés “Kensigton Pride” et “Strawberry”

Là encore, après des cageots et des cageots remplis de mangues, des ampoules aux mains et des fourmis vertes dans les cheveux (elles font leur nid dans les manguiers), il faut préparer les fruits pour les expédier. Heureusement, une machine fait le plus gros du boulot pour nous. Elle lave les mangues et les trie par taille. Comme on doit respecter les principes d’une agriculture biologique, les mangues sont lavées avec du produit vaisselle naturel et bio, ce n’est pas l’idéal mais c’est toujours mieux que les savons décapants utilisés en agriculture conventionnelle. Les mangues doivent être lavées car lorsque le pétiole casse, une sève irritante s’échappe et brûle le fruit (et les mains des italiens), laissant des traces noires sur les mangues.

Les fruits tâchés ou abimés seront coupés et séchés dans l’ancien bunker anti-cyclone reconvertit en déshydrateur. Produit de luxe, les mangues bio séchées sont vendues 55$ le kilo.

Après cette expérience de travail, Van et moi estimons qu’on a assez bossé pour une bonne partie de notre vie et que maintenant il est temps d’honorer les 90% de « Vacances ». L’argent durement gagné en poche, nous quittons la ferme pour commencer notre road-trip. A nous la liberté et les routes ensoleillées du Queensland !

Bons plans et travail pratique

Voici quelques adresses où trouver du travail :

Your Organic Oasis: 173 Delacy Road, 4872 Dimbulah, nord Queensland, 47km de Mareeba. Contacter Andrew Crebert au 0407 152 290.

-> 21,60$ de l’heure, pour 40h de travail par semaine, du lundi au vendredi, de 7h à 16h. Ça équivaut au salaire de base, c’est correct. Certaines fermes payent plus mais rarement moins.

-> Hébergement sur place possible, 100$ pour 1 personne, 150$ pour 2 par semaine.

Kaimai Pty Ltd (mangues) : 57 Campbell Road, 4872 Mutchilba, nord Queensland, 45km de Mareeba. Contacter Ruth Taylor au 07 4093 1145.

Lavers Organic Orchards (papayes, avocats, mangues) : 100 Henry Hannam Drive, 4872 Walkamin, nord Queensland, 16km de Mareeba. Contact au 07 4093 3773 ou 0408 764 419.

Ferme de mangues: 613 Leadingham Creek Road, 4872 Dimbulah, nord Queensland, 47km de Mareeba. Contacter Josef Egger et Hedwig Schwaiger au 07 4093 5375 ou hedischwaiger@gmail.com.

-> Hébergement sur place, 70$ par personne et par semaine.

Si vous avez une voiture, vous pouvez essayer aussi à Mareeba, destination de choix pour le travail de ferme, et les alentours ainsi que la route Mareeba-Mutchilba-Dimbulah. Il y a un terrain de camping à Dimbulah et plusieurs à Mareeba, certains proposant un hébergement en caravane, d’autres en tente.

Le camping Rodéo Kerribee Park est vraiment chouette car il propose un terrain couvert pour planter sa tente, réservé aux travailleurs. Les proprio veillent au calme et au bon sommeil de tous. Une cuisine aménagée ainsi qu’un espace TV avec canapés ajoute un confort apprécié après une journée de travail. Le prix est top mini : 6$ par nuit par personne.

Kerribee Park
614 Dimbulah Road
Mareeba, Queensland, 4880
Contact : Jim and Shirley au 07 4092 1654
Email: info@mareebarodeo.com.au

Pour ceux qui préfèrent un peu plus de confort, les “shared houses” ne manquent pas. Ce sont des maisons dont les proprio louent les chambres à des travailleurs. Plus on est nombreux, plus le prix baisse (75$ par personne à la semaine environ).

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